Joachim Véliocas : « Quand le Pape dit qu’une lecture correcte du Coran n’appelle pas à la violence, c’est une énormité. »

Joachim Véliocas, spécialiste de l’islam, a publié plusieurs succès de librairie comme « L’islamisation de la France », « Ces maires qui courtisent l’islamisme » ou « Mosquées radicales : ce qu’on y dit, ce qu’on y lit ». Dans son dernier livre, il dresse le bilan de cinquante ans de relations islamo-chrétiennes : chapelles devenues mosquées, mosquées salafistes inaugurées en présence de catholiques et il dénonce les errements d’une Église qui rejoint, selon lui, « les idiots utiles dans la défense de l’islam radical ».

« L’Église face à l’islam » de Joachim Véliocas est publié par Les Éditions de Paris – Max Chaleil.

Kernews : La majorité de nos concitoyens interprètent l’islam de la même manière qu’ils le font pour le christianisme et, dans votre dernier livre, vous démontrez que l’on retrouve aussi ce travers chez les religieux, alors que l’on pouvait penser qu’ils seraient plus érudits dans ce domaine…

Joachim Véliocas : Il y a un parallèle entre l’islam et le christianisme qui a été fait dans la mesure où le Coran s’inscrit dans la tradition hébraïque, de l’Ancien Testament, et en reprenant certains éléments du Nouveau Testament, mais travestit les grands dogmes du christianisme, comme la crucifixion. Donc il est difficile de revendiquer une filiation. Il y a quand même des sourates guerrières dans le Coran qui, malheureusement, demandent aux musulmans de faire prévaloir leur religion avec des versets qui appellent à la guerre contre les chrétiens et les juifs. À partir de là, l’irruption de l’islam en France, avec une grosse immigration, fait que les choses doivent se passer du mieux possible. Les évêques ont tout à fait compris la dimension totalisante de l’islam, qui est à la fois une religion, mais aussi un Code civil, avec une vocation hégémonique, ce qui a d’ailleurs été formulé par des cardinaux et des évêques. Mais nous sommes arrivés à un point où les courants les plus radicaux de l’islam, comme les Frères musulmans, construisent des grandes mosquées et les évêques assistent aux inaugurations ! Pour les courants les plus durs, ils pourraient alerter la société française, car la parole publique des évêques est quand même importante. Ils sont toujours écoutés, même si, sociologiquement, les catholiques sont très minoritaires. On aurait pu espérer que, dès les années 80, les évêques nous mettent en garde contre une immigration musulmane trop importante, parce que l’histoire a montré que dans tous les pays du monde où il y a eu des fortes minorités musulmanes, cela ne s’est pas très bien passé. Des courants comme l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ont inauguré des mosquées avec des évêques. À Nantes, l’église Saint Christophe, une chapelle cédée dans les années 70, est devenue une mosquée du courant de l’UOIF. Il y a eu beaucoup de cas comme cela, à Dole et à Lyon, il y a eu des locaux paroissiaux qui ont été donnés aux mouvances dures du Tablighi. Le cardinal Barbarin a inauguré une mosquée au début des années 2000 à Bron et l’on sait maintenant que ce sont des Frères musulmans qui gèrent cette mosquée. En Italie, c’est le même phénomène : l’archevêque de Milan, le cardinal Tettamanzi, a plaidé ouvertement pour une grande mosquée à Milan et ce sont les Frères musulmans qui contrôlent maintenant ce projet. Donc, il y a eu un manque de prudence de certains évêques, pas tous, que je pointe dans ce livre.

On peut comprendre qu’un homme politique, à la limite, comme Alain Juppé, dise qu’il n’a pas lu le Coran et qu’il ne s’intéresse pas à cette question, mais les curés et les évêques sont des gens instruits sur les religions et ils sont censés savoir ce qu’est l’islam…

Je ne reproche pas à Monseigneur Ricard de rencontrer des musulmans à Bordeaux ou de participer à des tables rondes, il faut dialoguer, il n’y a aucun problème. Mais, ce qui est plus problématique, c’est qu’il ne se montre pas prudent à l’égard des courants les plus totalitaires, comme les Frères musulmans et les salafistes. Monseigneur Ricard va à Pessac dans une mosquée où il y a une dizaine de personnes qui sont fichées FSPRT, donc en lien avec la mouvance radicale, et il vante l’interculturalité. Il veut déminer le terrain, mais il ne s’est pas rendu compte qu’il était dans une mosquée salafiste… Le rôle d’un évêque est aussi de protéger les catholiques français en ayant une vision à très long terme et en disant qu’il faut mettre le holà à l’immigration musulmane.

Vous racontez ce qui s’est passé au Vatican en 2014, lors de la prière pour la paix : toutes les caméras de télévision du monde étaient là et l’imam de la délégation palestinienne a récité une sourate « Accorde-nous Allah la victoire sur les peuples infidèles… » Il dit cela au Vatican ! Ce sont les catholiques arabes, qui comprennent le texte, qui sont partis…

C’était une rencontre diplomatique, c’était une très bonne idée, puisqu’il y avait Shimon Peres et Mahmoud Abbas dans les jardins du Vatican. Mais l’imam a choisi les versets de la sourate 2 qui sont hostiles contre les chrétiens et les juifs… Donc, ils profitent des moindres espaces de liberté pour essayer d’avancer. Ce genre d’initiative s’est reproduit à Lyon, dans une église maronite, où des muezzins ont été invités à déclamer le Coran en 2016 et les chrétiens orientaux sont partis. Le Coran a plus de 200 versets guerriers. Par exemple, dans la sourate 9, « les chrétiens disent que Jésus est le fils de Dieu, parole de leur bouche infidèle, que Dieu les anéantisse » ou que « Dieu les combatte ». C’est selon les traductions. Je me base sur la traduction officielle de l’université Al-Azhar qui est la plus grande université islamique du monde sunnite, au Caire, et c’est très clair. À partir de là, il est scandaleux d’inviter des musulmans à déclamer le Coran dans des églises ou dans des cathédrales ! Cette année, à la cathédrale de Créteil, l’évêque a voulu faire une réunion autour de la figure de Marie, ce qui est une très bonne idée, mais le Frère musulman a déclamé des versets coraniques où l’on parle des chrétiens comme des Infidèles… Ensuite, il y a eu une table ronde avec l’imam qui a été déchu de sa nationalité française ! Nous ne sommes plus dans le dialogue, mais dans la soumission.

On a finalement de la chance d’avoir des milliards de musulmans qui vivent tout cela avec une grande distance, parce que, s’ils interprétaient à la lettre cette parole, nous ne serions déjà plus là…

Il faut faire la distinction entre les personnes et la doctrine. La plupart des musulmans sont de culture musulmane, ils ne vont pas forcément à la mosquée le vendredi et, heureusement, ils ne connaissent pas le Coran sur le bout des doigts. Malheureusement, il y a des majorités, comme en Turquie, où les gens votent pour un parti islamiste. En Turquie, l’un des ouvrages les plus vendus il y a quelques années s’appelait « Orage d’acier » et c’était un livre qui scénarisait l’invasion de l’Europe par les armées turques ottomanes. C’était le scénario du livre : l’invasion de l’Europe par les armes… À la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, ils rappellent souvent le devoir du djihad pour conquérir le monde. Certes, on peut tolérer les chrétiens, s’ils sont bien sages, s’ils ne font pas sonner leurs cloches ou s’ils ne construisent pas d’églises nouvelles…

Les évêques lucides viennent souvent des pays arabes. Par exemple, l’archevêque franciscain de Tanger, Santiago Agrelo Martinez, regrette que « si on est citoyen marocain, on ne peut être que musulman ou juif. Les chrétiens ne sont que des étrangers. Il est interdit de prêcher en dehors de la communauté, c’est un fait et c’est la loi. » D’ailleurs, quand il y a une église, les Marocains traversent le trottoir…

En Algérie, c’est la même chose. Des évangélistes se sont fait arrêter parce qu’ils avaient des bibles, au prétexte que la loi de 2006 dit qu’il ne faut pas ébranler la foi d’un musulman et c’est puni de deux à cinq ans de prison. Au Maroc, la loi est similaire, on n’a pas le droit de convertir des musulmans. Il y a des églises, mais pour les expatriés… Récemment, un film a été tourné en Algérie sur Saint-Augustin et j’ai assisté à l’avant-première avec les acteurs algériens. Ils m’ont dit : « La sortie du film a été très difficile en Algérie, parce que l’on nous a expliqué que Saint-Augustin était à la solde de l’étranger ! On était dans l’anachronisme le plus total ». Tout cela, alors que l’Algérie envoie 200 imams chaque année en France pour encadrer leur diaspora lors du ramadan. Imaginez l’inverse ! Même en Turquie, les prêtres étrangers n’ont pas de visa et les catholiques n’ont pas le droit de se constituer en association non plus. Tout cela est intégré puisque les journalistes relèvent très rarement cela. J’ajoute que le conseil des oulémas marocains a rappelé il y a deux ans que la peine de mort pour les musulmans qui deviennent chrétiens était toujours d’actualité. Heureusement qu’il y a au Maroc toute une frange de la société qui est très dynamique, avec des journalistes intelligents, comme ceux de TelQuel, et les oulémas ont dû faire marche arrière. Aux dernières élections, les islamistes ont malheureusement encore fait des gros scores.

Revenons au sujet central de votre livre, avec cette question : pourquoi les avancées des islamistes sont-elles appuyées par les évêques en Europe ?

Les évêques sont tétanisés et ils anticipent les réactions des médias… Ils ont vu ce qui s’est passé pour Monseigneur Lefebvre, qui avait dit à la télévision en 1990 que si l’on ne faisait rien, il y aurait dans le futur des quartiers où les gendarmes ne pourraient même plus rentrer… Il a été attaqué en justice par la Licra et les évêques redoutent maintenant d’avoir une étiquette contre le multiculturalisme au prétexte qu’ils dénonceraient les Frères musulmans. D’ailleurs, la plupart des leaders des Frères musulmans en France ont été naturalisés, puisque ce sont des Marocains ou des Tunisiens qui auraient très bien pu être renvoyés chez eux. Donc, c’est par lâcheté. Les évêques craignent les réactions de Témoignage Chrétien ou de La Vie, tous ces médias de gauche catholique. Heureusement, il y a une bonne presse catholique qui se réveille…

Oui, mais le risque, écrivez-vous, pour le Pape et certains cardinaux, c’est qu’en formulant des considérations erronées sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas, ils ne dévalorisent la crédibilité de leurs autres prises de position…

C’est vrai : quand le Pape dit qu’une lecture correcte du Coran n’appelle pas à la violence, c’est une énormité. Donc, s’il est capable de dire une énormité sur l’islam, pourquoi ne dirait-il pas des bêtises sur d’autres sujets ? Dans une longue exhortation apostolique, publiée il y a trois ans, il y a un chapitre sur l’islam indiquant qu’il fallait accueillir les migrants musulmans sans distinguer les réfugiés économiques des clandestins. Finalement,  « migrant » est devenu un mot valise qui intègre tous les types d’immigration. Le Pape a aussi dit, à un autre moment : si je parle de violence islamique, je pourrai aussi parler de violence catholique… C’est un parallèle relativiste, comme Monseigneur Vingt-Trois qui a dit dans le Figaro Magazine : « Il y a aussi des fanatiques chez les chrétiens… » Ce type de discours n’est plus audible ! Les catholiques en ont marre, ils ne sont pas bêtes. On peut lire le Coran ou l’actualité internationale, on voit bien ce qui se passe dans les pays d’Orient et les Français savent qui sont les Frères musulmans qui contrôlent 170 mosquées en France.

Vous consacrez un chapitre aux Augustins de l’Assomption qui contrôlent le groupe Bayard Presse, une presse qui influence l’opinion publique catholique en l’orientant selon vous…

Bayard, c’est La Croix, Le Pèlerin, J’aime Lire et Notre Temps. C’est un groupe qui a rendu service à Tariq Ramadan au début des années 2000 en éditant sa thèse. C’était d’ailleurs une très mauvaise thèse ! Les universitaires suisses étaient outrés, parce que c’était une thèse qui faisait l’apologie de son grand-père fondateur des Frères musulmans et Bayard a jugé bon d’en faire un livre ! Ensuite, Bayard a édité l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, qui se dit toujours Frères musulmans. Il a réorienté son discours parce qu’il veut sa grande mosquée de Bordeaux, donc il ne peut plus dire qu’il est pour le califat et pour une lecture salafiste du Coran… Ces propos sont toujours sur les sites de partage de vidéos. Tareq Oubrou a la cote dans les médias, en partie à cause de Bayard qui a édité ses livres. Bayard a aussi édité un Dictionnaire de l’Islamophobie rédigé par un type qui a fait participer plein d’islamistes des Frères musulmans… En ce qui me concerne, il est hors de question que je puisse être édité chez Bayard. Je ne leur ai même pas envoyé mon manuscrit. Ils savent bien que, quand ils éditent quelqu’un, cette personne va faire la tournée des médias. Donner la possibilité aux Frères musulmans d’être édité en France, c’est participer à leur diffusion. Pour moi, Bayard est un éditeur qui fait un travail de sape sur la question de l’islam et c’est dommage, parce qu’ils éditent de bons ouvrages par ailleurs.

Dans votre livre, vous nous faites faire un tour de France des inaugurations de mosquées par des gens qui ne connaissent absolument rien à l’islam…

Lors de l’inauguration de la grande mosquée d’Évry par Monseigneur Dubost, l’imam souhaite que l’appel de la prière soit diffusé par haut-parleur et l’évêque a déclaré que cela allait permettre aux musulmans de s’intégrer… Évidemment, mais ce que nous voulons, c’est l’assimilation des nouveaux venus. Monseigneur Labille, à Créteil, avait loué la bonne idée d’une mosquée et, maintenant, cette mosquée diffuse la pensée des Frères musulmans puisque dans leur librairie on retrouve tous les auteurs des Frères musulmans qui appellent à faire des djihads offensifs…

Les évêques ont également appuyé la prise des villes chrétiennes en Syrie par les islamistes…

Monseigneur Dagens, qui est académicien quand même, était intervenu sur Radio Notre Dame au moment de la prise de Maaloula par les djihadistes d’Al Nosra. Il s’est insurgé en disant qu’il ne fallait pas faire le jeu de Bachar-el-Assad et qu’il ne fallait pas diaboliser tous les islamistes. Il était encore complètement intoxiqué par la presse française en croyant que les rebelles musulmans allaient bien se comporter quand ils arriveraient dans les villes chrétiennes en Syrie… Les rebelles modérés, on ne les a jamais vus, et il y a eu un aveu énorme dans « C dans l’Air » sur France 5 par Isabelle de Gaulmyn de La Croix qui a dit : « Nous avons été induits en erreur par le Quai d’Orsay, nous avons été intoxiqués… » Ces gens ne font même plus leur travail de journalistes et ils attendent les informations du Quai d’Orsay qui, à l’époque, était tenu par Laurent Fabius, qui avait déclaré qu’Al Nosra faisait du bon boulot en Syrie.

Vous consacrez un chapitre aux attaques des églises et l’on observe que, depuis dix ans, il y a seulement eu cinq ou six attaques. Sur ce point, peut-on penser qu’il s’agit simplement de quelques déséquilibrés, sans tomber dans le complotisme en mettant tout cela sur le dos des islamistes ?

Il n’y a pas une grande fréquence, il n’y a pas de plan concerté. Quelques jeunes musulmans entendent souvent des discours pas très sympathiques à l’égard des chrétiens et des juifs, mais ces attaques se produisent souvent dans des quartiers à forte population musulmane. Par exemple, à Montereau, les voitures des prêtres et des diacres étaient systématiquement cassées dans un quartier où l’on a dansé le 11 septembre 2001. En Meurthe-et-Moselle, à Toul, le prêtre a dû partir de son église en 2009 parce qu’il avait subi énormément d’attaques et les jeunes ont accroché un drapeau noir en haut de l’église : le drapeau du djihad… Évidemment, ce n’est pas tous les mois, mais il y a eu des prêtres agressés à Avignon, à Perpignan… Il y a de plus en plus de cas. Ce sont souvent des jeunes, c’est bête et méchant, mais cela s’inscrit quand même dans une logique islamiste.

Pour conclure cet entretien, si vous étiez un homme politique, que proposeriez-vous pour organiser l’islam au sein de la République dans une bonne entente ?

Pour l’aspect migratoire, il faut peut-être baisser ce chiffre annuel de 250 000 immigrés chaque année. Pour l’islam, il faut avoir une ligne très honnête, en disant que nous ne voulons pas de grandes mosquées avec coupoles et minarets, parce que cela ne s’inscrit pas dans la tradition architecturale française. Oui pour des salles de prière à condition que cela ne soit pas des mouvements rattachés aux Frères musulmans ou aux salafistes. Évidemment, on ne va pas empêcher les gens de prier. Après, il faut être très ferme sur tous ceux qui ont la double nationalité et qui sont dans les bureaux associatifs des mosquées salafistes : il faut les renvoyer, il faut déchoir de la nationalité les salafistes et les Frères musulmans, et tolérer les musulmans traditionnellement liés à la France, c’est-à-dire ceux du Maghreb, avec qui on a une histoire commune, comme les Marocains ou les Algériens, en leur permettant de prier dans de bonnes conditions – ils doivent pouvoir exprimer leur foi dans l’aspect spirituel – tout en étant fermes s’il y a des revendications de partis politiques musulmans. Il faut aussi surveiller la littérature qui est diffusée dans les mosquées. Il faut faire comme Bourguiba dans les années 80, avec une relecture des prêches le vendredi, le temps de traverser cet épisode de secousse. Si, dans quelques années, tout se passe très bien, nous aurons évidemment de très bonnes relations avec les musulmans et ils pourront prier en toute sérénité, parce que nous sommes un pays accueillant. Dans le parc naturel du Vexin français, où la taille des tuiles est réglementée, où il faut avoir des volets blancs, ils ont quand même mis un énorme minaret ! C’est typiquement ce que nous ne voulons plus voir.

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