Emma Noun-Mary : « Le bourg de Batz s’est imposé comme un personnage à part entière assez naturellement car c’est un endroit magique. »

Une Batzienne publie le roman coup de cœur des libraires locaux…

Emma Noun-Mary signe un livre émouvant et mystérieux, « La Submergée », dans lequel elle raconte l’histoire de Sarah, une jeune fille de dix-sept ans qu’un drame va inciter à monter dans un train en direction de Batz-sur-Mer, ce petit village de Loire-Atlantique dont elle sait seulement que sa mère, enfant, y passait ses vacances. C’est le premier roman d’Emma Noun-Mary, qui a vécu plus de quarante ans dans la région parisienne. L’accueil des libraires est exceptionnel. Catherine Gaultier-Rousse, qui dirige la librairie Lajarrige et la librairie du Pouliguen, nous confie qu’elle a rarement eu entre les mains un ouvrage local aussi bien écrit : « C’est un livre émouvant, d’une écriture merveilleuse, et qui a toutes les qualités pour devenir un immense succès national ». Adeline L’Honen, maire de Batz-sur-Mer, a lu « La Submergée » et elle est ravie que Batz-sur-Mer s’inscrive au cœur d’une œuvre littéraire d’une telle qualité. Elle a eu le plaisir d’y célébrer le mariage d’Emma il y a quelque temps et elle ne s’attendait pas à une telle surprise… Mais Emma est une femme impatiente qui voulait que son livre soit rapidement publié et elle a donc décidé de l’auto-éditer. Aujourd’hui, ce roman retient l’attention des grands libraires parisiens et Yannick Poirier, de la librairie Tschann à Paris, a décidé de le distribuer. Il a même organisé une séance de dédicaces en son honneur. Ainsi, il ne serait pas surprenant que « La Submergée » fasse l’objet d’une réédition par un grand éditeur parisien… Tous ceux qui l’ont lu en ont fait leur coup de cœur.

Kernews : Votre livre est très chaleureusement accueilli par tous les libraires de la région. Mais pourquoi écrire seulement maintenant ?

Emma Noun-Mary : La réponse est peut-être précisément dans l’écriture elle-même, parce que c’est un livre que j’ai porté pendant près de vingt ans. Je suis littéraire de formation et j’ai une très haute idée de la littérature. La leçon sublime de la littérature, c’est d’avoir une vie vivante. C’est le mot de Valincour, dont la bibliothèque, avec des milliers d’ouvrages, venait de brûler, et qui écrit avec élégance : « Je n’aurais guère profité de mes livres, si je n’avais appris d’eux à m’en passer ». J’ai ensuite été professeur de français pendant quelques années et cela tenait à distance toute velléité d’écriture. J’ai aussi été lectrice au service manuscrits d’une grande maison d’édition pendant quelques années. À l’époque, il y avait un seul manuscrit de première main qui était publié sur quatre mille : cela calme les fantasmes d’écriture… De façon parfaitement inattendue, mon père est mort brutalement, très jeune. On traverse toujours cela singulièrement et, quelques mois après, je suis arrivée à mon bureau où, sans y avoir pensé une seule seconde consciemment, je me suis mise à écrire… J’ai écrit pendant quelques mois. Mais la vie étant ce qu’elle est, j’ai été happée par plusieurs choses et j’ai laissé ce manuscrit de côté pendant très longtemps. Il y a trois ans, un ami m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas. Il a insisté et il a fini par apprendre l’existence de ce manuscrit. Cela a été un ultime déverrouillage. Pour le coup, je me suis mise à écrire quatre à six heures tous les jours pendant deux ans. Ce livre a procédé d’un sacré désir !

Le fait d’avoir été de l’autre côté de la barrière vous a-t-il permis d’acquérir quelques trucs ?

Précisément, le truc, c’est qu’il n’y a pas de truc ! L’un de mes personnages dit cela, pas d’esbroufe, pas de truc… Je sais bien qu’il y a des ateliers d’écriture et un certain nombre de choses qui s’enseignent, mais je crois vraiment que cela procède du désir et d’une certaine musique très singulière. A minima, il faut une architecture narrative, une architecture romanesque, il ne faut pas un nombre infini de personnages… Mais on connaît des exemples extraordinaires de livres qui, a priori, ne correspondent pas du tout à d’éventuels critères. Entre le théâtre, la poésie et le roman, le roman est le genre qui échappe à toute forme de définition.

Dans les premiers romans, certains auteurs s’efforcent d’écrire d’une manière très complexe, tandis que d’autres se contentent d’un langage oral. Vous avez adopté un style littéraire qui est presque musical et qui plonge le lecteur comme dans un film…

J’ai toujours à l’esprit ce mot de Flaubert qui avait comme fantasme d’écrire un livre sur… rien. Mes élèves avaient fini par comprendre ce que voulait dire Flaubert avec ce mot. Ce qui est intéressant dans la littérature, c’est la question de l’écriture. Vous évoquez le langage oral, on a l’exemple de Céline, mais n’est pas Céline qui veut. On a précisément le sentiment que c’est extrêmement simple et que cela produit l’oralité. En vérité, il y a, derrière, un immense travail d’écriture. C’est la question du style. J’ai eu l’audace de faire un travail d’écriture. J’ai raconté une histoire, certes avec des personnages, des éléments précis et résumables. J’ai un lecteur qui m’a envoyé un mot très gentil en me disant que j’écrivais avec une amplitude de phrase comme la mer qui monte et qui descend… Cela m’a beaucoup touchée parce qu’en plus j’ai écrit ce livre dans mon bureau face à l’Océan…

Comment ce personnage de Sarah est-il né ?

Un jour, je suis arrivée à mon bureau et, sans avoir songé une seule seconde à quoi que ce soit, j’ai commencé à écrire. Ce personnage est vraiment né sous mes doigts. Je ne vais pas vous faire le coup du mystère de l’écriture, mais j’ai éprouvé des émotions, des atmosphères, vers lesquelles j’ai eu envie d’emmener mes personnages. Sarah, c’est mille et une personnes. Ce livre n’est absolument pas une biographie mais, en même temps, aucun livre ne s’écrit jamais ex nihilo. C’est le cadeau de cette incroyable aventure. C’est un personnage que j’aime beaucoup. J’y ai probablement mis un peu de moi-même et probablement des personnages de la littérature que j’ai adorés.

L’héroïne du livre, c’est aussi Batz-sur-Mer…

Exactement. C’est le bourg de Batz. J’ai vécu dans la région parisienne pendant près de quarante ans, mais mon histoire ne s’abreuve que du bourg de Batz : mes grands-parents s’y sont installés dans les années 50, mes parents s’y sont rencontrés, ils s’y sont mariés, mes amis les plus chers ont tous un lien avec le bourg de Batz, mes enfants y ont leurs racines… Et il y a quelques années, nous avons pris l’immense décision de quitter Paris pour venir vivre ici. Le bourg de Batz s’est imposé comme un personnage à part entière assez naturellement car c’est un endroit magique.

Si vous étiez dans une séance de dédicaces à Besançon, Bordeaux ou Cannes, que diriez-vous sur le bourg de Batz ?

J’espère que l’on ne me posera pas la question, parce que j’espère être parvenue à restituer l’essentiel de ce que je voulais donner à ressentir dans le livre ! Cette jeune Sarah prend un train pour venir dans ce petit village de Loire-Atlantique dont elle ignore absolument tout, si ce n’est que c’était le lieu de vacances de sa mère dans son enfance. Il y a ce jeune garçon qui l’attend, il y a une quête qui va commencer et qui va exister dans la chaleur de l’accueil et dans cette lumière très singulière du sentier des douaniers.

Ce livre commence à avoir une dimension nationale, puisque l’on vous invite même pour des dédicaces à Paris…

Non, pas du tout nationale, il est simplement dans quelques librairies ! J’ai envie de parler de certaines personnes comme Valérie et Eric de la maison de la presse à Batz-sur-Mer, que je remercie du fond du cœur, Arlette de la Maison de la Presse à La Baule, Catherine Gaultier-Rousse de la librairie Lajarrige et de la librairie du Pouliguen, Yannick Poirier de chez Tschann, boulevard du Montparnasse à Paris… Ils m’ont fait l’immense bonheur de croire en ce livre, de le défendre et de le faire exister. L’objet livre est aussi très important : j’avais une idée très précise de ce à quoi j’avais envie qu’il ressemble. J’ai fait le travail graphique, j’ai choisi la typo, la couverture bleue… Si j’avais eu un éditeur, je ne suis pas du tout certaine qu’il aurait été ainsi.

En voulant bousculer la porte du temps plus rapidement, en choisissant de l’éditer vous-même, n’est-il pas dommage de ne pas bénéficier des moyens de promotion d’un important éditeur parisien ?

C’est ce que me disent Yannick de chez Tschann ou Catherine à la librairie Lajarrige… Catherine a été d’une générosité incroyable, elle ne s’est pas contentée de l’accueillir, de l’aimer et de l’encourager… J’aurais pu envoyer ce manuscrit à d’autres éditeurs : nous connaissons tous ces histoires formidables de livres qui ne sont pas repérés par des grands éditeurs et puis, il y a une petite maison qui publie l’ouvrage et cela devient un énorme succès… Mais il fallait que ce livre existe et j’avais envie qu’il existe dans cette robe bleue. Je n’y croyais pas autrement. Je voudrais remercier Adeline L’Honen, maire de Batz-sur-Mer, qui m’a fait l’immense cadeau, sans que je lui demande quoi que ce soit, d’organiser une séance de dédicaces sur la place du marché. C’était un bonheur immense de voir ces lecteurs inconnus repartir avec le livre sous le bras ! Catherine Gaultier-Rousse m’a aussi fait suivre des mails de lecteurs enchantés… Mais il n’était pas essentiel pour moi que le livre soit publié chez un éditeur parisien. Ma joie, c’est qu’il existe. Il y a une histoire assez incroyable : une dame qui habite aux États-Unis a commandé mon livre à la librairie Tschann à Paris et on lui a proposé de le lui envoyer par bateau, parce que cela coûtait moins cher. Ma Submergée est donc partie sur un bateau, mais elle est arrivée aux États-Unis littéralement noyée… Elle a été renvoyée par voie postale et elle a donc traversé plusieurs fois l’océan Atlantique…

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