Pierre-Antoine Plaquevent : « Soros a vraiment la volonté de créer une forme d’humanité unique qui n’aurait plus de frontières. »

Décryptage. Les plans des réseaux Soros au grand jour.

Le journaliste Pierre-Antoine Plaquevent vient de publier la première enquête sur l’influence idéologique des réseaux Soros. Jusqu’à présent, de nombreux ouvrages sont sortis sur la fortune de George Soros, sur la manière dont il a bâti son empire financier et sur ses attaques contre les monnaies. Cette fois-ci, l’auteur analyse l’influence des réseaux de l’Open Society Foundations pour déstabiliser des États, mais aussi sur l’action de ces réseaux en faveur de l’immigration, de la dépénalisation des stupéfiants et de la promotion des nouvelles normes sociétales. L’auteur démontre que George Soros souhaite l’avènement d’un nouvel ordre politique mondial fondé sur la notion de société ouverte et la fin des États nations.

« George Soros et la société ouverte » de Pierre-Antoine Plaquevent est publié par les éditions Le Retour aux Sources.

Kernews : Le nom de George Soros est connu du grand public, mais peu de gens savent réellement ce qu’il pense. On sait que c’est un milliardaire, on a entendu parler de ses attaques contre les monnaies, et les mieux informés savent qu’il contrôle un certain nombre d’ONG qui tentent d’influencer la politique de certains pays…

Pierre-Antoine Plaquevent : Il a été beaucoup médiatisé dans les années 90 par la presse économique. On le présentait comme le grand magnat de la finance qui réussissait tout ce qu’il entreprenait, on disait que c’était des coups de maître, alors que c’étaient plutôt des coups de piraterie financière… Mais j’ai voulu me concentrer sur des aspects moins connus du grand public en France, c’est-à-dire les aspects politiques de son action. Sa spécificité, c’est d’être un milliardaire animé par une vision du monde, une idéologie qu’il tente de mettre en pratique avec ses moyens colossaux. C’est ce qui le rend aussi intéressant à étudier, parce que ce n’est pas juste une personne qui utilise son argent à des fins personnelles, mais vraiment avec un esprit missionnaire. Je me suis concentré sur l’exposition de son action dans différents champs politiques, comme les politiques migratoires et les changements sociétaux d’envergure, notamment sur la légalisation des stupéfiants, son influence dans les médias et le rôle de ses ONG dans les changements de régime politique, comme récemment en Ukraine, en Yougoslavie dans les années 90, mais aussi au moment des printemps arabes.

George Soros a compris que le monde avait profondément changé avec la chute du Mur de Berlin. C’est un libéral, mais il n’a rien à voir avec un libéral conservateur traditionnel…

Il y a beaucoup d’ambiguïté dans son positionnement. C’est un libéral quand ça l’arrange, il appartient à tout un courant idéologique qui est très présent depuis le XIXe siècle. Il a fait ses études au sein de la London School of Economics qui a été fondée par des gens qui appartiennent à la Fabian Society. Ce sont des gens qui prônent une convergence du libéralisme économique avec une sorte de socialisme planificateur au niveau global, non plus au niveau des États, mais au sein d’un État mondial. C’est vraiment la vision du monde de George Soros. Cela ne fonctionne pas vraiment avec le critère gauche – droite traditionnel, c’est à un autre niveau que cela se joue, plutôt à un niveau international. C’est une sorte d’internationalisme, comme ce fut le cas pour le communisme, mais là c’est un internationalisme financier, c’est une révolution opérée par des magnats de la finance internationale. C’est son projet et il ne s’en cache pas.

Justement, les patrons des grandes sociétés Internet, au sein des GAFA, sont pour un gouvernement mondial, mais uniquement pour promouvoir une gouvernance libérale, alors que chez Soros il y a davantage d’arrière-pensées idéologiques visant à détruire les identités…

Il a vraiment la volonté de créer une forme d’humanité unique qui n’aurait plus de frontières. C’est une forme de messianisme sécularisé, c’est une forme de religiosité très matérielle… Son horizon consiste à réaliser une humanité unique, presque pour la régénérer. En lisant ce qu’expose Soros lui-même, cette notion de société ouverte est à l’opposé des sociétés traditionnelles, à ses yeux fermées, et, si elles sont en progrès, elles doivent être ouvertes,  à ce moment-là, les individus doivent constamment se projeter vers cet idéal en abandonnant ce qui est national et ce qui fait leur identité.

C’est un discours à la mode puisque, dans certains milieux, beaucoup de gens revendiquent une société ouverte et sans frontières…

C’est à la mode parce que cela a été promu constamment par les médias, sous l’influence de personnalités comme Soros depuis les années 80. Le point extrême, c’est le pacte de l’ONU qui avalise l’immigration comme un Droit de l’homme. C’est la philosophie profonde d’une partie des élites financières, qui ne sont pas juste des élites financières, mais aussi des élites idéologiques, et qui travaillent pour ce projet. Soros est le personnage principal de cette mouvance, mais on retrouve tout un courant de pensée avec différents acteurs. Il est très âgé, mais la machine est lancée, c’est une machine colossale : le budget 2018 de ses fondations a dépassé le milliard de dollars. Tout cela pour influencer l’opinion publique mondiale. Tous les investissements sur la seule question migratoire représentent 600 millions de dollars. À titre de comparaison, le budget de Frontex, l’agence de protection des frontières européennes, est de 300 millions d’euros. Soros se définit d’ailleurs comme un homme d’État sans État car il a la capacité d’un État pour influencer le monde…

Dans les anciens pays de l’Est, on a vu apparaître des lois anti-Soros, notamment visant à taxer les ONG de Soros. Pourquoi l’Europe de l’Ouest est-elle absente de ce débat ?

C’est à l’Est que son action a été la plus importante. Dès les années 80, quand le système soviétique commençait à se fissurer, il a investi massivement les moyens qu’il avait alors pour accélérer la chute de ces régimes. À l’époque, même des gens comme Viktor Orban en Hongrie, ont bénéficié de bourses de George Soros car beaucoup de dissidents voyaient cet appui comme quelque chose qui allait les libérer du communisme. Ces gens pensaient que George Soros allait sincèrement les aider à installer un système capitaliste normal, or ils ont compris que son projet ne se limite pas au libéralisme économique, mais qu’il s’agit bien d’un projet de modification de la société, avec une immigration sans freins et un bouleversement de tous les us et coutumes. En Russie, les investissements de George Soros étaient gigantesques et il a fallu un certain temps pour que les États coupent définitivement les liens avec l’Open Society de George Soros. En 2015, ces associations ont été jugées dangereuses pour l’État, alors que cela faisait longtemps qu’il y avait de nombreuses documentations sur leurs actions. La question migratoire est centrale. Dans ces pays, le système soviétique a permis de garder, sur le plan de l’identité, des réflexes plus traditionnels. Mais chez nous cela commence aussi à évoluer… En Italie, Salvini parle de plus en plus des réseaux Soros, aux États-Unis l’administration Trump est en guerre avec les réseaux Soros et, si l’on regarde bien, au niveau mondial, on assiste à une fracture entre ceux qui veulent un système mondial avec un retour à des formes de protectionnisme et puis des gens comme Soros qui veulent continuer de se battre pour une société ouverte et la fin des frontières. Cette position radicale de société ouverte se replie en France et en Allemagne, mais cela risque de ne pas durer…

En réalité, on observe que 90 % de la planète, des États-Unis à la Russie, en passant par le Brésil, la Hongrie, l’Italie, la Chine et le Japon, est contre Soros et son projet de société ouverte, tandis que seulement moins de 5 %, la France et l’Allemagne, sont pour ce projet de Soros. Est-ce le cas ?

La stratification est plutôt verticale. Les populations rejettent ce projet, mais le problème vient de la stratification politique réelle en Occident avec cette finance idéologisée qui est tout en haut et, en dessous, les médias qui sont l’Église de l’opinion publique de notre époque… C’est pour cette raison que tous les médias sont contre le projet souverainiste et les politiques sont encore en dessous, c’est l’étage visible de la population. D’ailleurs, Jacques Attali, qui est un grand admirateur de George Soros, a récemment expliqué que les élus, y compris les députés, n’ont pas de pouvoir réel. Il a raison puisque le pouvoir politique réel est au niveau d’institutions non élues, comme la technocratie européenne ou des instances internationales comme l’ONU, mais aussi au niveau des ONG, qui ont un pouvoir d’influence politique qui n’est pas démocratique. Les populations sont contre, de plus en plus de chefs d’État sont contre, mais la machine est lancée.

Avec l’évolution récente du monde, de Trump à Poutine, George Soros n’a-t-il pas perdu son combat ?

On peut avoir cette lecture, c’est possible, mais son pouvoir de nuisance est encore très grand et le projet de société qu’il porte est toujours d’actualité. Quand on lit les gens qui se revendiquent de ce courant, on observe qu’ils sont dans une fuite en avant. Ils vont devoir s’adapter au réel, notamment si des gouvernements souverainistes apparaissent un peu partout mais, pour autant, dès qu’ils peuvent, ils tenteront de mener ce combat d’influence. Même dans la Russie de Poutine, il y a une sorte de cinquième colonne libérale soutenue par ces gens, rien n’est définitif. Aux États-Unis, il y a une pression constante sur l’administration Trump émanant de cet appareil financier médiatique. Mais à terme, je pense que le monde va redevenir multipolaire et l’idée d’un gouvernement mondial va progressivement se révéler être une utopie irréalisable.

D’ailleurs, même les dirigeants des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), s’éloignent de cette idée…

C’est intéressant. Récemment, l’Open Society de Soros a accusé Facebook de faire le jeu de la droite américaine et de l’administration Trump ! C’est pour cela qu’il est impossible d’arriver à un gouvernement mondial unique, les humains sont ce qu’ils sont et des intérêts peuvent diverger, même quand les gens semblent aller vers une même direction. Facebook est souvent attaqué par les réseaux Soros et il y a une enquête interne pour savoir si les réseaux Soros n’étaient pas à l’origine de la campagne médiatique qu’il y a eu récemment contre Facebook.

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