Georges Paumard : « Il ne faut pas travailler à court terme, mais au moins sur trente ans, pour prendre les bonnes décisions qui engagent l’ensemble de nos concitoyens. »

Un livre d’anticipation qui décrit La Baule en 2050…

Georges Paumard a été chef d’entreprise, il a créé une société de construction de pavillons, des agences immobilières et une école de vente. Par ailleurs, il a également été administrateur d’une association humanitaire. Aujourd’hui retraité, il s’engage pour le développement de La Baule. Il avait publié il y a quelques années un ouvrage intitulé « Les quartiers d’avenir de La Baule » et il vient de sortir un nouveau livre : « Avec vous demain ». Il s’agit de science-fiction et il nous décrit la vie d’une famille à La Baule en 2050. L’auteur imagine l’évolution de la commune, avec son centre-ville dans le quartier actuel de Beslon, un front de mer refait et une barge qui accueille un restaurant et une discothèque devant l’île des Evens. C’est aussi le fruit de 17 mois de recherches sur les nouvelles technologies, puisqu’il présente des innovations dont on commence à parler actuellement et qui seront demain au cœur de notre quotidien.

« Avec vous demain » de Georges Paumard est publié aux Éditions Sydney Laurent et il est distribué dans toutes les librairies de la presqu’île.

Kernews : Vous vous livrez à un exercice difficile, celui de décrire La Baule en 2050, avec une histoire d’amour au sein d’une famille comme  prétexte pour nous présenter des innovations qui feront notre quotidien d’ici à une trentaine d’années… Comment avez-vous eu cette idée ?

Georges Paumard : J’aime La Baule, j’aime la vie… La société est un tout. J’ai voulu faire ce livre d’une manière globale, en essayant d’être très vivant, pas trop technique, pour que les gens ne le referment pas brutalement, et j’ai pensé à une famille avec deux enfants en 2050. J’ai lu de nombreuses revues et j’ai imaginé la vie en 2050. C’est un livre optimiste, car beaucoup de gens pensent que l’avenir est terrible, mais j’ai voulu dire le contraire en expliquant que la vie sera très riche et que la famille sera une cellule importante dans l’avenir. Il faut préserver la famille !

Le livre commence avec ce jeune garçon qui arrive à l’aéroport de Roissy en provenance de Rio par Air France. Première nouvelle : Air France existe donc toujours en 2050 !

Je n’en suis pas absolument persuadé… C’est tout à fait exact, Air France est malade.  C’est une compagnie qui s’est beaucoup embourgeoisée. Les pilotes sont payés beaucoup plus cher que dans de nombreuses compagnies étrangères et il n’y a pas eu les investissements qu’il fallait au bon moment. J’espère que cela marchera avec la nouvelle direction car c’est une belle compagnie qui a une grande histoire et c’est une entreprise emblématique.

Vous imaginez une sorte de voiture volante qui relierait Paris à La Baule en 1 heure 28 : mais pourquoi 1 heure 28 ?

Au salon de Genève, en mars 2018, il a été présenté trois voitures volantes, il y a beaucoup de recherches dans le domaine de la voiture autonome et de la voiture volante. Ce sera un compromis entre une grosse voiture, un hélicoptère et un drone. Comme il y a à peu près 300 kilomètres en ligne droite, 1 heure 28 m’a semblé être un bon temps… Mais c’est anecdotique !

Tout ce que vous décrivez dans le livre repose sur des technologies réelles qui sont déjà en voie de développement…

J’ai beaucoup lu ce qui se fera sur le plan technique. La grande révolution, c’est évidemment l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, on s’efforce de remplacer l’homme dans toutes ses occupations et cela va très loin. On récupère de nombreuses données et, ensuite, on fait des algorithmes pour essayer de mettre tout cela en forme. Cela va changer complètement notre vie dans les vingt ans qui viennent et j’ai essayé de compenser cela par beaucoup d’empathie et de contact entre les gens. On aura besoin de l’intelligence émotionnelle pour essayer d’humaniser cette vie dominée par les machines, car il ne faut pas que toutes ces technologies nous envahissent trop.

Dans ce portrait de La Baule en 2050, le front de mer a été entièrement refait, il y a des grands parkings qui accueillent les voitures aux entrées de la ville. Le centre-ville se trouve dans le quartier Beslon. La Baule s’est repositionnée dans le domaine de l’esthétique et de la beauté…

La Baule restera La Baule ! C’est une ville qui a une très bonne image et les différents maires ont su garder cette excellente image. Nous avons la chance d’avoir plusieurs centres de thalassothérapie, c’est le bien-être, mais on va aussi vers une société du paraître. La chirurgie esthétique prend de l’ampleur,. Il y a des pays où l’on en abuse, comme au Brésil, et j »estime qu’il y a une position à prendre sur ce sujet, parce que cela correspond à la clientèle des centres de thalassothérapie. On pense à entretenir son corps, à paraître, et beaucoup de gens sont encore bloqués parce qu’ils ont un nez trop grand ou des oreilles décollées, ils sont mal à l’aise dans leur peau pour un détail et je crois que cela peut les aider dans l’avenir. Les gens regardent beaucoup trop l’apparence. Je crois à la beauté intérieure plutôt qu’extérieure mais, malheureusement, l’apparence compte beaucoup dans la société.

Parallèlement, La Baule accueille une école de restauration et d’hôtellerie de réputation internationale…

Les hôteliers ont beaucoup de mal à recruter des cuisiniers de haut niveau et cela les bloque dans leur extension. Un grand patron du groupe Accor, en charge du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, m’a expliqué qu’il manquait vraiment une école supérieure dans le domaine de l’hôtellerie et de la restauration. À partir de là, j’ai travaillé. On sait que l’école de Lausanne est l’une des meilleures du monde et je me suis inspiré de cette école. Encore faut-il la financer… Les chambres de commerce de Périgueux et de Bergerac ont financé une école supérieure d’hôtellerie dans ce genre et j’ai pris ce modèle. Révolutionner, c’est toujours difficile, mais améliorer est toujours possible… Je me suis aperçu que la cuisine italienne était beaucoup plus répandue que la cuisine française dans le monde. Ils ont su prendre un créneau important et j’ai pensé que nous pourrions choisir les produits nationaux de chaque pays en y ajoutant une touche de cuisine française très fine, ce qui permettrait d’occuper un créneau intéressant dans le monde. En plus, on pourrait envoyer ces élèves dans tous les pays du monde.

Vous avez aussi imaginé le futur boulevard de mer, avec un large espace piéton pour se promener, la circulation automobile est toujours autorisée et une voie de secours permet de faire passer les véhicules prioritaires…

J’ai essayé de rester sur terre et j’ai aussi pensé aux finances de la ville qui ne sont pas extensibles. Une étude a été lancée il y a trois ans, avec des propositions de la population, j’ai écouté la synthèse de ces propositions : cela allait de l’interdiction de la circulation automobile sur le boulevard de mer, jusqu’à la préconisation de ne rien changer… Je suis parti du principe que nous aurons toujours besoin des voitures dans trente ans et je constate qu’il n’y a pas d’itinéraire bis au boulevard de mer. En plus, les immeubles sont situés un peu trop près de la mer. Alors il faut faire avec… J’imagine que nous puissions garder deux voies pour les voitures, dans les deux sens, au bord des immeubles, ensuite une piste cyclable, car le vélo va beaucoup se développer, ensuite on garde une voie dédiée aux secours et, enfin, on laisse un immense trottoir pour les piétons. L’innovation, c’est aussi la création d’alvéoles, certaines avec des bancs face à la mer, d’autres permettant aux gens de se retrouver et de discuter. Il y a aussi des casiers sécurisés pour que les gens puissent mettre leurs affaires et aller tranquillement se baigner.

Dans votre livre, vous recréez un bar sur une barge devant l’île des Evens…

J’ai voulu animer la baie : elle doit être préservée à tout prix, mais elle manque un peu d’animation. Par exemple, pour les gens qui font du bateau, il serait bien d’avoir un point de chute. Aussi, j’ai pensé que l’on pourrait réactiver le bar qui existait autrefois sur l’île des Evens. Mais ce serait très difficile avec les recours des écologistes… Alors, j’imagine une barge à côté des Evens, avec un bar et de la musique toute la nuit… Cela ne gênerait personne, donc ce serait un point de chute intéressant pour les jeunes et tous ceux qui font du bateau.

Vous évoquez aussi la politique et l’avenir de la francophonie…

Je vois l’Afrique d’une façon un peu différente d’aujourd’hui. L’Afrique va se peupler d’une façon fantastique. Il y a aujourd’hui plus d’un milliard d’Africains et la population, selon l’ONU, sera de 2,5 milliards en 2050 et plus de 4 milliards en 2100. C’est considérable ! Si on laisse l’Afrique dans l’état où elle se trouve actuellement, nous aurons des milliers et des milliers d’Africains qui vont venir en France, puisqu’ils parlent français. Prendre quelques réfugiés aujourd’hui, ce n’est pas la solution pour moi : la solution, c’est de développer l’Afrique. Il faut d’abord essayer de les réunir, pour éviter les guerres fratricides et, ensuite, favoriser le développement économique. Ils ont besoin d’un cadre un peu rigide et une monnaie commune donnerait une rigueur de gestion à toute l’Afrique. Il faut aussi éviter que la France ne récupère tous ces cadres africains : c’est une erreur et l’on doit inciter les gens qui ont fait des études supérieures en France à aller développer l’Afrique, parce qu’il y a beaucoup de richesses et une jeunesse formidable.

En 2050, il y a aussi un référendum pour l’entrée de la Russie et de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne. Or, pour le moment, on en est plutôt au stade de la dislocation…

Il y a toujours un certain nombre d’égoïsmes, cela a été vrai pour un pays comme la France, quand il a fallu réunir les provinces et, évidemment, cela mettra du temps pour l’Europe. On a toujours tendance à regarder par le petit bout de la lorgnette. Il y a eu des avancées importantes en Europe, mais aussi des cafouillages. Il est évident que c’est trop administratif, il y a trop de lobbys à Bruxelles, mais la grande idée reste valable. Donc, on a intérêt à grouper les peuples. Avec Erasmus, quand les étudiants partent à l’étranger, on est très étonné et il est très intéressant de les écouter, car ils constatent qu’il y a des gens bien et des imbéciles partout… Actuellement, nous avons un problème avec les Chinois, qui se sont développés d’une façon fantastique depuis quarante ans et qui vont bientôt nous prêter de l’argent, alors qu’il y a cinquante ans on faisait des quêtes pour les pauvres Chinois… La Chine est déjà le deuxième pays du monde sur le plan économique et militaire, et veut devenir le premier. Cela pose un problème de leadership mondial. On voit arriver d’autres pays, comme l’Inde, qui évoluent rapidement. En Europe, nous avons seulement 500 millions d’habitants, donc la différence est là. Qui aurait dit, il y a quelques années, que les Chinois atteindraient un tel niveau de vie ? Cela a des incidences sur beaucoup de choses, comme l’environnement, puisque la Chine est le pays le plus polluant au monde et l’Inde va arriver également. Comment voulez-vous que nous empêchions les Hindous d’arriver à notre niveau de vie ? Après-demain, ce sera l’Afrique… Automatiquement, cela va augmenter les problèmes de pollution et nous aurons des gros problèmes sur le plan climatique dans les années à venir.

Vous n’évoquez pas la question de l’immigration : les démographes s’accordent à dire que le visage de la France ne sera pas le même en 2050, or vous avez écrit votre livre à La Baule et si vous l’aviez fait dans une grande ville, vous auriez certainement abordé ce sujet…

La Baule est une ville tranquille, avec une population assez homogène. C’est effectivement un problème dans les grandes villes. J’avais assisté à une conférence sur le thème « 2100 et les sauvages urbains ». Cela veut dire que dans les grandes villes on a laissé des quartiers de côté. Si on laisse des gens sans avoir la moindre espérance en quelque chose, certains vont vendre de la drogue pour gagner de l’argent facilement, d’autres vont vers l’islamisme parce qu’ils trouvent dans l’islamisme une voie complètement folle et c’est extrêmement dangereux. Nous ne sommes pas à l’abri de l’extension de tout cela dans des villes moyennes, puis dans des villes plus petites.

Certains affirment que c’est déjà le cas dans des villes moyennes…

Cela déborde déjà, c’est vrai. J’évoque les religions dans mon livre, j’écris que les islamistes sont dangereux pour l’avenir, il ne faut pas se voiler la face… Il faut donc faire attention et ne pas laisser se développer ce genre de climat dans les banlieues. Quand il y a des quartiers où le droit n’est plus appliqué, c’est extrêmement dangereux pour le reste de la ville, comme pour les gens qui habitent ces quartiers.

Au final, vous partez du principe que, du jour au lendemain, nous aurons des politiques intelligents qui vont gérer admirablement notre pays, que les relations seront harmonieuses, que la fiscalité va baisser et que l’héritage ne sera pas détruit…

Je sais que l’on dit que les promesses des politiques n’engagent que ceux qui les écoutent, mais je crois quand même que les hommes et les femmes politiques sont nécessaires à une communauté. Je leur reproche d’avoir en permanence une vision à court terme. Quand on est en voiture la nuit sur une route départementale, si l’on roule à 30 à l’heure, nos phares n’ont pas besoin d’être très puissants, mais si l’on roule à 80, ils doivent être beaucoup plus puissants pour permettre de voir beaucoup plus loin. Aujourd’hui, le monde va très vite, on est entraîné, donc il faut essayer de suivre cette évolution du monde qui se fera. Alors, pour voir loin, il ne faut pas travailler à court terme, mais au moins sur trente ans, pour prendre les bonnes décisions qui engagent l’ensemble de nos concitoyens. Par exemple, pour La Baule, je vois très bien le développement de l’urbanisme entre la route bleue et les Salines. Ce sont des terrains d’une qualité agricole très moyenne, délaissés depuis toujours, et on a beaucoup développé le quartier du Guézy où il y a des terres maraîchères. Pour les gens de La Baule, c’est ennuyeux, parce qu’une ville qui n’a plus un centre très vivant perd beaucoup de son attrait. Il faut garder un centre très vivant à La Baule et, si l’on construit entre la route bleue et les Salines, on aura des gens qui viendront faire leurs courses à La Baule. L’urbanisme est quelque chose de très important pour équilibrer la ville et en faire une ville cohérente.

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